Au cœur de la nuit, comme un fuyard, Yves Leterme a capitulé et est allé déposer sa démission chez le Roi. Nous revoici, un an plus tard, dans le même scénario catastrophe que celui qui a marqué l'été pourri de 2007.

Malgré les multiples chances qui lui ont été données pour bâtir un vrai projet, Leterme laisse la Belgique dans un état de déliquescence avancé. Depuis un an, successivement comme grand vainqueur des élections de juin 2007, puis comme formateur, et enfin comme Premier ministre, Yves Leterme, dans un paysage politique certes volcanique, n'a jamais réussi à apaiser les esprits et à établir un climat constructif dans son équipe gouvernementale.

Plus qu'avec ses partenaires des autres partis, c'est avec ses propres amis politiques que Leterme a dû batailler ferme tout au long de ses mois de galère. Et c'est encore de son propre camp qu'est venu, lundi soir, l'assaut fatal. Déjà à peine soutenu du bout des lèvres par le CD&V, le parti dont il est le leader, Leterme a été complètement lâché par ses alliés nationalistes de la N-VA et de son «ami» Bart De Wever.

La Belgique se retrouve dans une crise profonde. Les Belges se retrouvent citoyens d'un pays abandonné. Car il y a encore pire drame que de savoir si le gouvernement Leterme Ier passe ou non le cap symbolique de ce 15 juillet: c'est l'indifférence générale dans laquelle se joue la tragédie politique actuelle. Dans la population, qui est pourtant habituée à suivre les galères politiques, le cœur n'y est plus. Désillusion. Indifférence. Fatalisme. De vote flamand unilatéral pour la cession de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde en «dernière chance» donnée à Yves Leterme, les Belges dans leur majorité, les francophones dans leur toute grosse majorité, se sont fait une raison. Est-ce de la naïveté face à l'ampleur du mal belge? Ou est-ce le bon sens populaire qui s'exprime? Toujours est-il que de moins en moins d'écho et de crédit est accordé aux ultimatums guerriers lancés à intervalles réguliers.

Plus d'un an de non-discussions communautaires, et - logiquement - toujours rien de concret. Ce n'est pas, on le sait, le temps qui a manqué: cette année passée à tourner autour du pot aurait pu être mise à profit pour dessiner la nouvelle Belgique dont tout le monde politique, aujourd'hui au moins, reconnaît qu'elle est à réinventer. Nous revoici à la case départ. Entraînés dans une espèce d'opération suicide pour la Belgique, à l'heure même où la majorité des partis du gouvernement étaient prêts à négocier le futur visage de la Belgique et des régions qui la composent. Parce qu'un parti flamand extrémiste et séparatiste l'a décidé et a mis le Premier ministre à genoux, le fiasco belge, ce 15 juillet 2008, est parfait.