Les nerfs d’Yves Leterme ont fini par craquer. Soumis depuis des mois à une intense pression psychologique, affaibli physiquement, le Premier ministre - si peu - n’aura pas supporté qu’Elio Di Rupo rappelle, hier soir, devant les cameras de télévision que c’est le CD&V, le propre parti d’Yves Leterme, qui avait fixé, un peu bêtement, cette date du limite du 15 juillet pour proposer un vaste plan de réforme de l’Etat.

Ce qui est la stricte vérité. Et l’on ne manquera de s’étonner de le voir saisir un aussi minable prétexte pour démissionner de ses responsabilités. On le savait atrabilaire, soupe au lait : on ne le savait pas pétri de cette vanité qui est l’orgueil des faibles. Il est vrai qu’après 13 mois de surplace gouvernemental, Yves Leterme ne pouvait présenter qu’un bilan valant un zéro pointé. Le strict minimum sur le plan socio-économique. Le néant sur le terrain communautaire. Rarement un Premier ministre aura pris autant de temps pour constater son inutilité.Hier pourtant, son initiative d’appeler les Régions et les Communautés à la table des négociations paraissait bien de nature à calmer le jeu et ouvrait, enfin, une possibilité de négocier plus sereinement le nouveau visage de l’Etat belge.

Alors que du côté flamand le gouvernement, tout comme les partis, restaient dans une prudente expectative face à ces propositions, la partie semblait gagnée pour Yves Leterme. Son désormais rival et meilleur ennemi, Kris Peeters, Ministre-président du gouvernement flamand, nageait dans le bonheur face aux caméras de télévision. Il allait enfin pouvoir mettre en oeuvre “sa révolution copernicienne”, faire en sorte que “le fédéral ne soit plus le soleil autour duquel tournent les Régions. Peeters d’un côté, Leterme de l’autre : les deux poids lourds du CD&V semblaient en mesure de mater les récalcitrants de leur parti. Il n’en a rien été.Yves Leterme, Monsieur 800 000 voix, l’homme qui affirmait au soir de son triomphe électoral que “BHV ne demandait que cinq minutes de courage politique”, cet homme-là a jeté l’éponge, vaincu par lui-même d’abord.Durant treize mois il n’a pris aucune initiative, ou si peu, se contentant d’être le notaire de son équipe. Il quitte le navire la tête basse, abandonne son service quand la crise économique est à nos portes.Sire, à quoi bon le retenir ?