Yves Leterme est tombé pour la troisième fois. Poignardé par son propre camp, ce cartel qu'il avait lui-même imaginé pour reprendre la main sur la Flandre et, partant, sur le royaume après huit ans d'opposition. Il était écrit que cette association avec la N-VA se ferait au prix d'une intenable radicalisation nationaliste.
Voilà Leterme mais aussi les nouvelles têtes pensantes du CD&V, stratèges à la Pyrrhus, fossoyeurs volontaires ou inconscients de la Belgique, pris à leur propre piège alors que, le petit homme d'Ypres, si longtemps fantomatique, accumulant gaffes, bévues et tergiversations, était paradoxalement entré depuis quelques jours dans ses habits de Premier ministre.

De l'avis général, Leterme maîtrisait ses dossiers, faisait l'arbitre, proposait, tentait de concilier Nord et Sud. Jusqu'à se rendre imbuvable aux yeux de ses coreligionnaires.

Dame ! il ne leur a donné aucun des gages exigés. A commencer par la scission de BHV ! Engoncés dans des querelles intestines ou des combats d'arrière-garde, les partenaires francophones de la coalition portent une lourde part de responsabilité dans ce naufrage. Mais comme on le craignait depuis des semaines, c'est la N-VA, la chapelle ultranationaliste du cartel, et les éléments les plus excités du CD&V qui ont « naturellement » porté le coup de grâce au Premier ministre, au prétexte que, au 16, Leterme n'a pas accompli ce qu'avait promis… Yves en campagne.

Politiquement mort, à moins bien entendu que le Roi ne le relance une quatrième fois…

Faute de mieux, le chef du conseil aura au moins esquissé le début d'une ébauche de solution. Elle suintait de bon sens en donnant à la fois du temps au temps et aux Régions la place qui leur revient naturellement dans une négociation de cette envergure. Vitale !

S'il veut éviter une séparation de velours à la Tchécoslovaque, au nom des mêmes égoïsmes, son successeur devra impérativement suivre la même voie. Car enfin, au-delà de la scission de BHV et de la délimitation de nouvelles frontières qui, un jour ou l'autre, pourraient devenir des frontières d'Etat, il s'agit aujourd'hui de savoir ce que l'on peut encore reconstruire sur cette ligne de fracture tectonique qu'est devenue la Belgique.

Aujourd'hui, l'heure n'est plus au mégotage, aux crises d'ego, au chantage des ultras.

Ce pays, répétons-le sans se lasser, ne survivra que s'il évolue vers un nouveau modèle : un État confédéral mature, composé de trois Régions émancipées. La Flandre, la Wallonie et Bruxelles. N'en déplaise au Nord qui ne veut pas sortir de la logique bornée et égoïste de la négociation de communauté à communauté.

Si rationnel soit-il, un tel chambardement ne se négocie pas en une nuit sous les diktats.

Sauf à vouloir précipiter une fin absurde dont certains rêvaient au sein même de la coalition.